Éducation nationale : les syndicats au banc d’essai

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Article publié dans Le Point – 13/11/2014
Propos recueillis par JEAN-PAUL BRIGHELLI


JP Brighelli

À partir du 27 novembre, les membres du personnel éliront leurs représentants syndicaux. L’occasion pour Brighelli de sonder leurs intentions. Aujourd’hui, le SNALC.
Les élections professionnelles dans l’Éducation nationale approchant à grands pas, une mise en perspective était nécessaire, pour évacuer (ou conforter) les idées reçues sur les diverses organisations qui syndiquent le personnel, enseignant ou non. En attendant que le Snes (contacté, mais aux abonnés absents) me réponde, je commencerai par le Snalc, qui a la particularité de syndiquer du primaire au supérieur – et même dans le corps des inspecteurs ou des chefs d’établissement.


F.Portzer

Jean-Paul Brighelli : François Portzer, vous êtes président du Syndicat national des lycées et collèges – le SNALC, « ordinairement classé à droite », comme dit la presse. Cette étiquette vous convient-elle ?

François Portzer : C’est une étiquette commode pour journalistes pressés… et peu curieux. Ils sont d’ailleurs de moins en moins nombreux à copier l’étiquette au lieu d’aller voir le produit. Le SNALC, fondé en 1905, est le doyen des syndicats de l’enseignement public. Il se distingue tout d’abord des autres syndicats, pour la plupart politisés, comme le prouvent assez leurs appels à s’engager pour des causes extérieures à l’Éducation nationale ou, horresco referens, pour les dernières élections présidentielles, et subventionnés par l’État et/ou les grandes entreprises. Le SNALC se caractérise par sa totale indépendance, tant financière que politique, puisqu’il ne fonctionne que grâce aux cotisations de ses adhérents et n’a aucun lien idéologique avec un quelconque parti politique. C’est sans doute cela qu’une certaine presse appelle « à droite ». Mais nous comptons dans nos rangs tout l’éventail des positions politiques, justement parce que nous n’en faisons pas – de la politique.

Notre indépendance nous a permis de nous positionner sur les questions scolaires uniquement en fonction des objectifs que nous assignons à l’école : permettre à tous, grâce à un enseignement de qualité fondé sur des savoirs disciplinaires bien maîtrisés, de connaître une légitime ascension sociale grâce à ses efforts, en se hissant au plus haut de ses capacités. C’est la raison pour laquelle le SNALC s’est opposé, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, à la réforme du bac pro en trois ans ou à celle du lycée, dont nous constatons aujourd’hui les dégâts ; mais aussi, sous la présidence de François Hollande, à la réforme des rythmes scolaires dans le primaire.

De même, s’il a activement participé à la refondation lancée par Vincent Peillon afin de tenter de contribuer à améliorer un système notoirement en crise, cela ne l’a pas empêché de se mobiliser avec énergie contre la redéfinition du service des professeurs de classe préparatoire lancée par ce dernier, qui risquait d’être le prélude à un démantèlement rampant, ou la suppression annoncée des bourses au mérite. De même, aujourd’hui, il demeure extrêmement méfiant face aux projets ministériels concernant l’évaluation des élèves – la consultation prétendument lancée par Mme Vallaud-Belkacem est une parodie de démocratie -, la suppression des notes et du redoublement, l’informatisation à tout-va, qui consomme en vain (l’absence de résultats est là pour le prouver) des budgets colossaux et favorise ostensiblement les copains, l’aménagement inacceptable de la laïcité, ou la définition du nouveau socle commun – toujours plus bas.

Il y a en définitive au SNALC autant d’hommes de droite que de femmes de gauche – et vice versa. Tous dévoués à leur métier, et soucieux avant tout d’arrêter le massacre.

Jean-Paul Brighelli : « Dégâts » de la réforme du lycée, dites-vous… Mais, enfin, les dégâts ne se limitent pas au second cycle…

François Portzer : Le SNALC a été le premier, avant même que les évaluations internationales ne viennent lui donner raison, à alerter l’opinion publique sur les dysfonctionnements qu’a connus l’école depuis quarante ans, que ce soit la perte des fondamentaux à l’école primaire due en grande partie à l’imposition au forceps de la méthode globale aujourd’hui unanimement dénoncée par tous les chercheurs, mais prônée par des idéologues, l’échec du collège unique voulu par la droite giscardienne et encensée depuis par la gauche, qui a accru les inégalités au lieu de les combattre, ou les réformes successives du lycée qui n’ont fait que renforcer la filière S au détriment de toutes les autres – sans pour autant améliorer le niveau des « scientifiques malgré eux » que l’on y a entassés pèle-mêle, sans souci de leurs vocations ou de leurs performances. La section S est devenue la gare de triage des bons élèves, mais de façon si massive que l’on a nécessairement descendu le niveau dans les matières scientifiques qui en constituent pourtant l’ossature.

Outre cette clairvoyance et cette absence de langue de bois, ce qui le distingue également, c’est que, loin de se contenter de vaines lamentations, il est une force de propositions. Considérant, contrairement au syndicat majoritaire…

Jean-Paul Brighelli : Le Snes, pour ne pas le nommer…

François Portzer : … constatant, disais-je, qu’une augmentation des moyens budgétaires ne constitue pas la seule solution aux dysfonctionnements patents du système, il a fait des propositions concrètes de réformes à moyens constants, qui doivent permettre la réussite de tous les élèves : il a en effet publié un projet de collège modulaire et un autre pour un lycée de tous les savoirs qui apportent des solutions pragmatiques qui ne demandent qu’à être expérimentées sur le terrain !

Jean-Paul Brighelli: Ne faudrait-il pas faire un effort financier vis-à-vis des enseignants les plus mal payés – c’est-à-dire les trois quarts d’entre eux ?

François Portzer : Le SNALC n’oublie pas pour autant le sort des enseignants – et de l’ensemble du personnel, administratif, de santé et d’encadrement -, confrontés à la fois à des conditions de travail de plus en plus pénibles et à une paupérisation sans précédent de l’ensemble de la fonction publique. Et l’on s’étonne que les meilleurs étudiants hésitent à entrer dans la profession ! Le SNALC a depuis plusieurs années développé pour ses adhérents une couverture juridique gratuite et indépendante, notamment afin de faire face aux actes de violence dont ils sont de plus en plus fréquemment victimes. Il a également, au travers de deux Livres blancs publiés par la FGAF, la fédération de fonctionnaires auquel il appartient, alerté les pouvoirs publics sur la dégradation des conditions de travail des enseignants en proposant là aussi des solutions concrètes pour l’améliorer, à commencer par l’application systématique de la législation en vigueur. Quand on appliquera dans tous les établissements de France une tolérance zéro, et que l’on cessera d’ouvrir des parapluies dès qu’il tombe deux gouttes, peut-être aurons-nous moins d’incidents, d’accidents et de drames.

De même, dans le cadre des négociations récentes avec le ministère, le SNALC a veillé à ce que toutes les tâches remplies par les enseignants soient bien rémunérées, tout en veillant scrupuleusement au maintien d’horaires hebdomadaires spécifiques écartant tout risque d’annualisation des services. Le Snalc a aussi développé un comité d’entreprise en ligne pour essayer de compenser par de nombreux avantages l’ignoble perte de pouvoir d’achat des fonctionnaires, accentuée par le gel du point d’indice depuis quatre ans et dont la fin n’est pas prévue avant 2017.

Jean-Paul Brighelli:Quels sont en définitive les enjeux du scrutin de la fin novembre ?

François Portzer : Avec ce scrutin, les enseignants auront en fait un choix simple à effectuer : conforter l’immobilisme des syndicats de la FSU – Snes et SNUipp en tête – qui ont laissé se dégrader la condition enseignante depuis un demi-siècle, donner le pouvoir aux tenants du pédagogisme – le SGEN et le SE-Unsa – qui n’ont de cesse d’instituer une école au rabais pour les pauvres, afin qu’ils restent pauvres, soutenir de pseudo-révolutionnaires, adeptes en réalité de la politique de la chaise vide – Force ouvrière – et pour qui la question scolaire doit être l’antichambre du Grand Soir, ou choisir le Snalc qui, en toute indépendance, propose des solutions de qualité, des solutions concrètes et positives pour stopper la dérive du système dans l’intérêt de tous. Gageons dès lors que les 1,3 million d’agents qui participeront à ce scrutin dans l’Éducation nationale feront preuve de clairvoyance et auront assez de motivation pour voter, malgré une procédure trop complexe. Un scrutin qui, soyons-en sûrs, sera décisif pour l’avenir de l’école dans notre pays !