Déclaration LIMINAIRE CAPA Certifiés du 5 janvier 2012

SYNDICAT NATIONAL DES LYCEES ET COLLEGES

Confédération syndicale de l’Éducation Nationale

(Fédération Générale Autonome des Fonctionnaires)

ACADEMIE DE NICE

 

CAPA Certifiés du 5 janvier 2012

Déclaration liminaire

 

Madame le Recteur,

 

Nous sommes heureux de pouvoir prendre nos responsabilités aujourd’hui et de représenter nos collègues, malgré les dysfonctionnements qui ont accompagné le vote par internet.

La voix du SNALC CSEN est indispensable parce que nous ne cessons de répéter que la culture managériale n’est pas celle de l’école ou de la fonction enseignante. Il est clair que nous sommes gérés et qu’il convient de l’être par nécessité dans un esprit d’économie, mais si la gestion peut se moderniser en imitant l’administration privée des entreprises dans certains cas limites, ce ne peut être que pour servir : il s’agit de permettre et de ménager la fonction propre à l’enseignement : éducation, transmission des disciplines, culture. La formation des êtres n’est pas l’administration des choses. Elle seule justifie et légitime un système lourd, national, et couteux. La gestion ne peut se substituer à la relation. Elle est une technique de pouvoir, perturbatrice de la relation humaniste que nous entretenons avec nos élèves et nos collègues. Cette relation est la seule condition réelle de notre réussite parce qu’elle implique le respect pour la liberté morale des sujets dont nous visons l’accomplissement dans notre enseignement. Et la relation ne peut se substituer à l’instruction. Faire des coupes sombres dans les effectifs et surcharger les classes alors que l’effet de masse empêche les élèves de suivre le cours, est-ce pensable ? Enfin les dernières tentatives de réforme de l’évaluation des professeurs, toujours pour des motifs d’allègements comptables, et toujours avec une sorte d’incompétence radicale au sujet de notre fonction, vont encore dans le sens d’annuler la fonction au profit de la gestion.

Les inspecteurs destitués de leur rôle d’appréciation disciplinaire alors qu’ils en sont les garants dans chacune de nos disciplines – mais qui peut les remplacer ? Le chef d’établissement seul juge de nos résultats, mais au nom de quelle compétence ? Seraient-ce les quantités de lauréats gérées par l’examen ? L’ouï-dire ? La conformité aux cadres définis par le projet d’établissement ? Ce n’est pas sérieux.

Nous défendons notre métier, certes, mais avant tout pour que la pente fatale de la déqualification, de la perte de statut, et enfin de la prolétarisation ne vienne pas détruire durablement la valeur inconditionnelle de notre fonction. Nous ne sommes pas les agents d’exécution d’une idéologie à courte portée, mais les piliers de la culture nationale et les garants de la démocratie réelle qui a pour condition la formation du sens critique : et donc la liberté et la compétence disciplinaire des professeurs. Nous ne pourrons pas transiger sur cela.

Nous constatons aussi que sur les 350 collègues titulaires qui ont franchi le pas de quitter l’enseignement avant la retraite, le motif avancé est double :

– ils ne supportaient plus l’incivilité, les injures, les agressions verbales et parfois physiques et le manque de soutien de leur hiérarchie

– surtout ils avaient voulu devenir professeurs par amour pour leur discipline et donc pour transmettre leurs connaissances ; et ils constatent que l’institution ne tient plus cette transmission comme prioritaire, mais au contraire comme totalement secondaire au profit d’un temps de plus en plus grand consacré à l’encadrement, au tutorat, à l’accompagnement.

Quand cette même institution, quand les gouvernements s’en rendront-ils compte ? Quand accepteront-ils d’ouvrir les yeux et de retrouver l’idéal de l’enseignement ?