DECHEANCE CULTURELLE A « SCIENCES – PO »

Le SNALC (CSEN-FGAF) condamne la décision récente de Richard Descoings de réformer dès 2013 les modalités du concours d’entrée à l’Institut d’études politiques de Paris (« Sciences-Po »), en supprimant l’épreuve de « Culture générale » – jugée trop « discriminante » – pour lui substituer une sélection sur dossier et un entretien oral. Ce choix porte atteinte à l’équité républicaine, à la valeur et au principe même des concours, dont la fonction est d’évaluer de manière d’abord anonyme les candidats, sur le seul critère de leur niveau de connaissances, seule garantie contre l’arbitraire.

C’est pourquoi, pour le SNALC (CSEN-FGAF), cette évolution ne contribuera pas, contrairement aux objectifs escomptés, à rendre le concours d’admission à « Sciences-Po » plus démocratique et plus juste.

Ce n’est pas la culture générale qui est socialement discriminante, mais plutôt le renoncement au partage de celle-ci. Les enfants issus des classes populaires, qui sont effectivement de moins en moins représentées dans les grandes écoles, ne réclament pas un régime de faveur, mais le droit à l’égalité des chances grâce à une instruction solide. L’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 selon lequel « tous les citoyens étant égaux sont admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » exige qu’on donne à tous le droit à la culture, et non pas qu’on organise le moyen de passer ce droit.

Le SNALC (CSEN-FGAF) réprouve enfin le fait que la sélection sur dossier pourra, outre la scolarité, prendre en compte « l’engagement dans la vie associative, sportive, culturelle, politique ou syndicale » des candidats. C’est substituer à la sélection par le savoir une forme de sélection dont les critères sont ou arbitraires, ou invérifiables en faisant valoir les « compétences » et « comportements » des candidats au détriment de leurs « connaissances ». Ecole de renommée dont les choix peuvent avoir valeur de prescription, Science-Po défend ainsi un contre-modèle pédagogique dont le SNALC (CSEN-FGAF) a toujours dénoncé l’impasse. Pour le SNALC, l’institution ne peut renoncer à la transmission publique d’un patrimoine culturel commun, à la formation générale de l’esprit, à la connaissance des œuvres qui donnent accès à l’universel.

Paris, le 09 janvier 2012

Contact : Albert-Jean Mougin, vice-président du SNALC