Blog NOUVEL OBS : Il est temps de donner sa chance au SNALC

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Élections professionnelles :

quoi de neuf dans l’Éducation nationale ?

26 novembre 2014
Les élections professionnelles dans l’Education nationale se déroulent sur Internet du 27 novembre au 4 décembre 2014. Dans mes écrits relatifs au harcèlement moral dans l’enseignement, je me suis souvent montré sévère à l’égard des syndicats (voir ci-dessous l’extrait de mon Manuel de survie en milieu scolaire, publié chez Max Milo en 2014).

Je déconseille toujours vivement de voter pour les centrales rattachées à la FSU, trop compromises. SUD-Education s’est intéressé à la problématique de abus hiérarchiques, mais reste sans doute trop orienté politiquement et idéologiquement, alimentant une démagogie qui a contribué à abaisser l’autorité des professeurs. Il me semble en revanche qu’il est temps de donner sa chance au SNALC, un syndicat enseignant injustement décrié par les bien-pensants, simplement parce qu’il met au cœur de ses préoccupations l’autorité des maîtres et la transmission des savoirs.

Certes, rien n’est parfait et, dans certains établissements, il arrive aussi que les correspondants de ce syndicat ne jouent pas leur rôle de soutien auprès les victimes de harcèlements professionnels (j’en ai eu quelques témoignages). Le scrutin permet d’ailleurs de sanctionner localement ces comportements.

Mais globalement, au niveau national, l’équipe du SNALC fait un travail important en plaidant pour une Ecole républicaine, laïque, et dans laquelle les professeurs devraient retrouver toute la considération due à leur rang. Voir notamment les analyses et les prises de position, excellentes, de Jean-Rémi Gérard, secrétaire national à la pédagogie. Par exemple ses « conseils » à la nouvelle ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem :

Certaines sections académiques du SNALC, au cours des derniers mois, ont par ailleurs manifesté un intérêt réel pour la problématique du harcèlement moral dans l’enseignement : dans l’académie de Montpellier, dans l’académie de Lyon, dans l’académie de Grenoble…

Si vous souhaitez dire non à la dégradation des conditions de travail dans l’Education nationale et défendre une Ecole de qualité, alors donnez donc, à l’occasion de ce scrutin, sa chance au SNALC et aux syndicats qui lui sont associés !

Etat des lieux

34 pour 100000 : le taux de suicides le plus élevé de toutes les professions d’après l’étude de l’Inserm de 2002. Selon l’enquête de l’ASL de 2013 sur le climat scolaire, plus d’1 professeur sur 5 harcelé au moins une fois depuis le début de sa carrière. Et, dans le cadre de ma propre enquête sur les conditions d’enseignement, 80 % de personnels d’éducation du second degré recensés qui dénoncent les abus d’autorité de leur chef d’établissement. Il y a pourtant des absents de taille dans ce tableau : les syndicats enseignants. Si tous ces faits étaient avérés, ne les auraient-ils pas depuis longtemps mis en tête de leurs revendications ? N’est-ce pas leur rôle, que de défendre les salariés ?

La problématique du harcèlement moral indique que la sécurité de l’emploi dans l’Education nationale est toute relative. Or, les suicides liés au travail, par exemple, suscitent de vives réactions lorsque cela se passe chez France Télécom ou dans d’autres entreprises. Il arrive d’ailleurs que le sujet fasse la couverture des grands magazines d’information, et qu’il débouche alors sur une prise en main réelle par différents acteurs de la vie publique. La situation dans l’enseignement, à cet égard, devrait depuis longtemps faire l’objet d’une mobilisation de grande ampleur. Mais quand avez-vous vu les syndicats enseignants appeler à défiler dans toute la France en brandissant ce chiffre : 34 pour 100000 ? Ou en dénonçant les abus hiérarchiques ? Eux qui sont capables de mettre des centaines de milliers de personnes dans la rue pour réclamer des « moyens » peuvent pourtant le faire. Aussi, s’ils ne l’ont pas fait, c’est qu’ils ne veulent pas se saisir de ce genre de dossier. Leur inaction en la matière accuse un retard évident, et est probablement l’une des causes de la désaffection des profs eux-mêmes pour les grandes centrales.

Certains se montrent très sévères à leur égard :

« La hiérarchie sait pouvoir compter sur des interlocuteurs compréhensifs, faisant carrière loin des classes qu’ils ont quittées et où pour rien au monde ils ne veulent retourner : elle est donc prête à ces petites concessions payées par le budget de l’Etat, en échange du service de pacification inestimable que lui rendent les syndicats. », écrit Paul Villach[1].

Lors des élections professionnelles de 2011 dans l’Education nationale, le taux de participation global s’est ainsi effondré à 40,4%, alors qu’il était de 62 % auparavant. Certes, la FSU est restée majoritaire, mais l’abstention, qui peut être analysée comme une forme de défiance, s’est avérée être le grand vainqueur du scrutin. De nombreux enseignants m’ont confié l’absence de soutien qu’ils ont reçu de la part des syndicats. Près de 15 % des répondants, dans le cadre de mon enquête, dénoncent en effet de manière explicite leur apathie.

Les syndicats enseignants, domestiqués par le pouvoir s’y l’on en croit Paul Villach, semblent servir la pacification dans les rangs.

Avant le recours à une répression plus brutale, le passage par les « représentants du personnel » sert souvent à vous faire accepter les décisions administratives, y compris les plus iniques… D’où, par exemple, les mots d’ordre syndicaux qui ne concernent que les moyens, mais pas (sauf dans des généralités formelles sur les publications destinées à leurs adhérents) la défense des droits et de la dignité du salarié. Les différents appareils, qui devraient être en pointe dans la prise en charge du harcèlement moral et dans la lutte contre les abus d’autorité, participent de cette manière au processus.

Et cela même si, en leur sein, on peut toujours rencontrer quelques militants sincères, qui se démarquent par leur volontarisme.[…]

Daniel Arnaud
Écrivain et philosophe,
Auteur, entre autres publications, du Harcèlement moral dans l’enseignement (L’Harmattan, 2013) et de Manuel de survie en milieu scolaire (Max Milo, 2013).

[1]Les Infortunes du Savoir sous la cravache du Pouvoir, Nîmes, Lacour, 2003, p. 300.