Assises de l’Enseignement Supérieur : des propositions inacceptables

Le SNALC-FGAF s’élève avec vigueur contre les dispositions du rapport de Monsieur Le Déaut remis hier au Président de la République concernant le second cycle et les classes préparatoires
aux grandes écoles (CPGE).
Sous couvert de « rapprochement des pratiques pédagogiques » et de « préparer les futurs étudiants aux méthodologies du travail universitaire (travaux de recherche, autonomie, travaux de groupe) », Monsieur Le Déaut propose la réintroduction de travaux personnels encadrés (TPE) obligatoires au lycée dans toutes les filières en terminale. Or les professeurs de lycée savent qu’il y a un monde entre les bonnes intentions et la réalité, et que les TPE ont généralement été l’occasion de « copier-coller » de documents repris sur Internet sans chercher à en analyser les contenus, et un moyen d’augmenter artificiellement le taux de réussite du baccalauréat.

Si la mise à disposition du premier cycle de l’enseignement supérieur de 500 PRCE ou PRAG en plus par an pendant cinq ans, notamment des titulaires d’un doctorat, ainsi que la transformation de 300 postes de PRAG en postes de maîtres de conférences, peuvent paraître des mesures intéressantes pour les collègues concernés, cela reste très minime par rapport aux attentes des personnels. La première ne concernera en effet chaque année que moins de 1 % des professeurs agrégés, et la deuxième moins de 2 % de l’ensemble des PRAG. Il n’y a rien d’original à transformer les TIPE (travail d’initiative personnelle encadré) en « projets de recherche étudiante », c’est ce qu’ils sont déjà dans la plupart des cas. Comme Monsieur Berger, Monsieur Le Déaut semble ignorer que les CPGE scientifiques assurent déjà un contact avec la recherche au moins équivalent, sinon supérieur, à celui dont bénéficient les étudiants es premiers cycles universitaires. Quant à faire assurer la supervision des TIPE par « un binôme composé d’un professeur de classe préparatoire et d’un enseignant-chercheur », elle revient à dénier les capacités d’évaluation des qualités de recherche par le professeur de CPGE, alors que elui-ci est la plupart du temps docteur et souvent en contact avec la recherche universitaire. Enfin, la proposition faite par l’association Terra Nova de « diminuer pendant quelques années le nombre de places en CPGE en réduisant homothétiquement le nombre de places aux concours concernés et d’augmenter symétriquement le nombre d’admis par d’autres voies » nous paraît à la fois inadmissible et ignorante de la réalité du terrain. En effet, moins de la moitié des étudiants des grandes écoles d’ingénieurs et de commerce proviennent des CPGE, les autres étant issus des IUT, des BTS et des premiers cycles de l’université. Même celles qui recrutent principalement des étudiants des classes préparatoires ont depuis longtemps ouvert des voies d’admission à des jeunes issus d’autres types de formations ; ce qui les empêche d’en admettre davantage qu’elles le font actuellement n’est aucunement une volonté de faire du malthusianisme ou de « perpétuer la hiérarchie du système social », mais tout simplement l’impossibilité de faire accéder des jeunes qui n’auraient pas les capacités requises pour suivre avec profit les cursus qu’elles proposent. En outre, la diminution du nombre de places en CPGEne se fait pas en claquant des doigts, elle résulte d’une limitation autoritaire du nombre d’étudiants par classe, entraînant une augmentation de leur coût annuel par étudiant, ou de la fermeture de sections, donc de mise à la porte des professeurs concernés, ce que le SNALCFGAF ne pourrait admettre.

Le SNALC-FGAF constate que la recherche est devenue la « tarte à la crème » de nos gouvernants : tout le monde doit s’y mettre et les jeunes doivent y être initiés dès avant leur entrée dans les études supérieures. C’est oublier quelques réalités incontournables : les neuf dixièmes des lycéens et des étudiants ne feront jamais de recherche dans leur vie professionnelle ; faire de la recherche n’a pas de sens si on n’a pas de bases solides dans la discipline concernée ; bien plus de jeunes se destineraient à la recherche si celle-ci ne donnait pas lieu si souvent à de la précarité et à une carrière médiocre dans le secteur public, et si le doctorat était pris en compte par les entreprises lors du recrutement et dans la détermination du salaire. Le SNALC-FGAF considère que ces points devraient être pris en compte dans les dispositions de la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur et la recherche, et demande officiellement à être entendu avant qu’elle soit soumise au Parlement afin de faire entendre la voix des professeurs de CPGE qui n’ont été consultés à aucun moment pendant les Assises.

Contact : Dominique Schiltz, responsable national pour les CPGE Tél. 06 86 55 34 63
Paris le 16 janvier 2013